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01/06/2001
Loft Story
ou le nouveau veau d'or


Par Frédérique Bazard
une internaute


Loft Story, c'est un peu le pire des systèmes de régression sociale que je connaisse. En principe, on se bat pour être à l'abri d'une surveillance étouffante comme celle des 11 candidats du loft. Et là, on assiste à une scène assez effrayante puisque tous les candidats sont favorables au spectacle. Et cela pour la plus basse des contreparties : l'argent. En voyant cette émission, je ne peux m'empêcher de penser au veau d'or (ancien Testament) et aux conséquences morales que ce type de comportement entraine. C'est un peu le signal d'alarme de la décadence d'une société en mal de vivre, en mal d'idéal. Cette jeunesse référente qui passe à la télé n'a-t-elle rien de plus intéressant à vivre et à livrer que ce spectacle confondant d'ennui. Qui ne mange pas, qui ne parle pas de sexe, qui ne critique pas son entourage ? Personne. Nos 11 personnages se livrent dans leurs comportements les plus intimes mais aussi les plus primaires. Le fait d'être enfermés et surveillés, épiés en permanence les met dans un état de régression absolue et progressive. Ce sont des prisonniers, dirigés comme des marionettes par leurs geoliers. Ils sont minutieusement choisis pour s'opposer ou se rapprocher les uns des autres, si possible à tour de rôle. Diviser pour mieux règner, c'est un peu la devise de la production. Tout est artificiel, même leurs sentiments les plus intimes puisqu'ils n'auraient pas existé hors contexte du loft.
Ce que je perçois, c'est un grand désarroi de la part des candidats. Une sorte de quête triste et impossible, un besoin de reconnaissance totalement rabaissant. Leur besoin d'être reconnus et aimés ne sera pas plus comblé par ce jeu que par leur vie d'avant. Ils en ressortiront aussi mal, voire plus mal encore. Leurs blessures sont plus profondes puisqu'elles touchent leur côté narcissique le plus intime.
J'ai de la pitié pour eux mais en même temps, je me dis qu'ils auraient pu ne pas céder à la facilité de croire au veau d'or. Que la reflexion est toujours plus payante que la gloire immédiate et non vraiment méritée. Je ne pense d'ailleurs pas à une célébrité durable pour la plupart. Et seront-ils capables d'affronter le jugement des spectateurs qui ne seront pas tous tendres avec eux dans les mois à venir ? Car, nous, téléspectateurs nous sommes érigés en dieu tout puissant en regardant vivre ces êtres humains déshumanisés. Nous portons tous des jugements sur eux, leurs comportements, leurs attitudes, leurs réflexions. Nous jouons à dieu et ils jouent à l'humanité réduite. Les règles du jeu les obligent à se détester et à séliminer pour gagner le plus d'argent et de popularité possible en un temps record. Mais à quel prix et pour quelle popularité !
Je sais que je suis complice de ce jeu pervers quand j'allume ma télé. Mais je préfère encore être à ma place qu'à la leur car à chaque fois que je les vois, je savoure le bienêtre de ma vie anodine et anonyme. Personne ne sait qui je suis ni ce que je pense, je ne suis pas trop manipulée et je garde jalousement cette liberté. La liberté, c'est trop bon et trop dur à acquerir. Il ne faut pas la galvauder ni la vendre.
Si Loft story pouvait être une prise de conscience pour notre société, ce serait le meilleur pied de nez souhaitable.





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